25 août 1944
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Alors, un jeudi, je décide d’aller voir à la gare de Maillé, s’il n’y a pas des sacs postaux en souffrance.
Je prends mon vélo, en chemin je décide de m’arrêter saluer ma collègue de l’agence postale de Nouâtre, ce choix va me sauver la vie.
La brave femme est complètement en état de choc : « Monsieur Durand ! C’est l’horreur ! Les Allemands sont en train de faire un massacre à Maillé ! ».
Je rebrousse chemin.
Tout l’après-midi nous entendrons de Marcilly des détonations de canon, et dans la nuit apercevrons des lueurs d’incendies. Pas question de dormir, mais en fait on ne sait pas trop ce qui se passe.
Au petit matin, je n’y tiens plus, malgré les cris de Madeleine, je décide d’aller voir ce qui se passe.
Je traverse la rivière avec le kayak.
J’avance jusqu’au village, et je découvre progressivement l’ "horreur".
A gauche à l’entrée d’une ferme un chariot bricolé avec deux roues de vélo contient un cadavre d’enfant, un peu plus loin un autre cadavre d’enfant, probablement celui qui traînait le chariot.
Des occupants de la ferme d’en face ont été plus chanceux, ils étaient cachés dans un fossé formant comme un petit tunnel de terre. Ils ont eu la chance que leur chien caché avec eux n’ a pas bronché.
Maintenant que les S.S. sont partis, les pauvres gens bien que peu rassurés entament un casse-croûte sur le bord de la route.
Le village est un amoncellement de ruines, encore en feu par endroits, d’ou émergent quelques bâtiments encore debout, l’église, un café, l’agence postale.
Arrivé à ce qui était un coin de rues, je trouve un vieux monsieur, il est prostré devant sa maison qui finit de se consumer . Il me dit : « Vous savez monsieur, j’ai fait Verdun, ce n’était rien... ». Il pleure en me montrant parmi les décombres une forme calcinée que je n’avais pas remarqué, « C’était ma femme » me dit-il.
Je continue à avancer, mais partout ce ne sont qu’horreurs et désolations, telles, que je préfère ne pas vous les décrire.
Comment est-ce possible une telle barbarie ?
Mais, je n’en puis plus, j’ai la nausée, je suffoque, çà ne va plus.
Je reviens, et descendant du kayak, je tombe en pleurs dans les bras de Madeleine.
L’odeur tenace de chairs brûlées me hantera longtemps.
Je n’ai pas eu la force d’assister le dimanche à la cérémonie des obsèques.
J’étais déjà allé me recueillir devant les dépouilles alignées dans la salle municipale, c’était trop dur.
Extrait de : Mémoires d’un orphelin de la guerre 14 – 18. A.H.
Les noms de personnes ont volontairement été changés
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