Les guinguettes au bord de la Marne
1942
Madeleine avait une amie de son âge : Suzette, modiste à Vincennes.
Elle était fraîche et jolie aussi Suzette.
Elle ne manquait pas de travail.
En ce temps là les femmes n’allaient pas tête nue. Mais elle déprimait Suzette car son fiancé était encore prisonnier. Alors certains dimanches nous allions la chercher et ensemble nous nous rendions à Charenton le
Pont, nous louions une barque et nous voilà remontant la Marne à la rame. Beaucoup de pêcheurs, le poisson abonde, un chaland passe, fait danser notre canot.
C’est l’été. Il fait très beau.
En route pour Cythère ! Nous remontons presque jusqu’au pont de Chalifert, puis sur la berge herbue installons notre pique-nique, melon, ersatz de saucisson, pommes de terre à l’ersatz d’huile, gâteau maison, vin de chez Peuchet, il est bon. Détente. Nous entendons les flonflons d’un bal. On ne résiste pas, on y va. Bal en plein vent devant la guinguette aux volets verts, au son d’un accordéon endiablé me voilà guinchant alternativement avec mes deux jolies cavalières. En fait à part le tango je ne suis pas très habile, mais ça ne fait rien on s’amuse bien.
Ah ! le petit vin blanc.
Encore un soda les filles... Sous la tonnelle.
La guinguette fermera-t-elle ses volets ? Ce serait dommage. Notre barque glisse au fil de l’eau jusqu’au débarcadère.
A dimanche prochain.
Extrait de : Mémoires d’un orphelin de la guerre 14 – 18. A.H.
Les noms de personnes ont volontairement été changés
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